vendredi 22 février 2008

L’OTAN doit se retirer de l’Afghanistan

La semaine dernière, la rumeur d’élections fédérales commençait à être de plus en plus forte et le gouvernement de Stephen Harper démontrait un grand intérêt à perdre un vote de confiance qui permettrait de déclencher le processus. Les libéraux n’ont pas eu le courage d’affronter les conservateurs sur la question de l’Afghanistan, préférant annoncer qu’ils voteront contre le budget, prévu pour le 26 février prochain.

La veille, la Chambre des Communes sera donc appelée à voter sur une motion du Parti Conservateur concernant la poursuite de la présence militaire canadienne en Afghanistan. Cette proposition, qui sera sans doute modifiée pour répondre aux propositions des libéraux, ne change en rien la vraie mission du Canada - allié de l’OTAN – chargé de télégraphier les ordres du Pentagone vers ce pays lointain, endroit stratégique du globe où les américains doivent absolument faire sentir leur présence aux russes, aux iraniens et, bien sûr, aux chinois. C’est un rôle essentiellement militaire et politique que l’état-major canadien, actuellement en parfaite symbiose avec l’exécutif du parlement, est appelé à jouer dans ce pays envahi par les Etats-Unis. Comme le précise l’analyse de Guy Charron :

« D’un côté, les soldats sont utilisés comme chair à canon pour obtenir le respect que l’on donne au « prix du sang » dans les instances dirigeantes mondiales, avec d’immenses coûts pour la population civile afghane, y compris la subjugation économique et politique de leur pays. De l’autre, le Canada déploie une équipe ayant des pouvoirs similaires à ceux de ministres auprès du gouvernement Karzaï pour influencer et modeler la région en accord avec ses intérêts stratégiques fondamentaux. »

En moins de deux ans de pouvoir, il est peu probable que les conservateurs aient eu le temps de mettre au point des politiques extérieures aussi détaillées… Les américains sont sûrement dans le coup. Selon certains journalistes, les États-Unis ne tiennent pas vraiment à demeurer en Afghanistan. Un gouvernement fantoche ferait très bien l’affaire. Les américains veulent cependant paralyser les talibans et l’insurrection avant de plier bagages. L’OTAN fera très bien l’affaire… Les intérêts économiques entrent en jeu, les possibilités d’affaires se précisent. Ça allume les conservateurs et leurs amis des chambres de commarce…

Cette guerre n’est pas légale. Les États-Unis ont envahi l’Afghanistan pour prouver à la planète qu’ils étaient encore la plus grande puissance mondiale. Le Canada a décidé d’y participer et l’opposition n’était pas aussi grande qu’elle l’est aujourd’hui, un peu par solidarité à nos voisins du sud dont on ressentait le chagrin du moment. Aujourd’hui, la très grande majorité des sondages confirment que les citoyens canadiens sont contre la mission de guerre actuellement en cours mais qu’ils endossent la présence militaire, à condition que ce soit pour participer à la reconstruction du pays et assurer une vie paisible pour les afghans.

Les deux aspirants au poste de premier ministre sont incapables de prouver aux canadiens qu’ils respectent l’opinion publique. Comment peut-on parler de démocratie si les politiciens ne sont pas en mesure de modifier la nature de leur présence en Afghanistan afin de rejoindre les vrais traditions canadiennes en matière de politique étrangère? Avec un peu de courage et de créativité, on pourrait exiger le remplacement des troupes de l’OTAN par une délégation de casques bleus de l’ONU, ce qui contribuerait certainement à calmer la violence, causée principalement par la présence américaine en sol afghan. Le Canada pourrait alors être en charge de la mission de l’ONU et ainsi contribuer à la vraie reconstruction de ce pays dévasté par des années de conflits militaires… Encore aujourd’hui, l’armée américaine est celle qui a le plus important effectif avec 15,000 soldats. Le peuple afghan ne fait pas confiance aux américains. Il est impossible d’apporter la stabilité et la paix dans ce pays tant que nous serons perçus comme l’envahisseur.

Le sondage Léger d’aujourd’hui annonce que tout est possible pour les libéraux. Dion semble être prêt pour une campagne électorale. Son avenir politique se jouera donc plus tôt que prévu. S’il n’obtient pas au moins un gouvernement minoritaire libéral, il est foutu et le prochain chef arrivera très vite… Tout semble annoncer qu’il jouera la même carte que le parti conservateur en ce qui concerne l’Afghanistan. Il est essentiel que Jack Layton et Gilles Duceppe soulèvent sérieusement ce débat afin d’éviter que le prochain gouvernement appuie aveuglément les américains dans leurs visions impérialistes. Nous devrons être assurés que le Canada – et le Québec – soient encore perçus comme des peuples pacifiques, qui désirent sincèrement aider les citoyens de ce pays dévasté.

Cet article a été publié sur Un Homme en Colère le 15 février 2008 et sur Cent Papiers le 18 février 2007

Photo : Jayel Aheram – flickr

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Indépendamment de tout cela, la question reste la même: Pourquoi sommes-nous là?

Accent Grave

lutopium a dit…

Nous sommes là parce que c'était le compromis pour ne pas se joindre aux américains lors de l'invasion de l'Irak. Si Jean Chrétien et le gouvernement canadien n'avaient pas envoyé quelques soldats en Afghanistan, nous n'aurions pas eu droit aux lucratifs contrats de reconstruction... Nous sommes là parce que nous collaborons avec les américains pour s'assurer que l'Afghanistan sera un vrai allié des USA.

C'est comme une partie de Risk c't'affaire là. Il faut que la planète Terre règle le problème Israel-Palestine et celui de la prépondérance du pétrole dans l'économie mondiale... sinon il y a des risques que ça pète!

AntiPollution a dit…

Je ne sais pas si nous aurons droit au lucratifs contrats pour la reconstructions dont vous parlez.

Anonyme a dit…

C'est ce que j'ai toujours cru, vos mots sont les miens. Souvenez-vous des paroles âcres lancées envers les Français et les Allemands, rien contre le Canada qui refusait aussi d'aller en Irak.

Nous entendions souvent ces explications il n'y a pas si longtemps mais depuis, on dirait que seul le mot Taliban existe.

Que font nos journaleux? Notez, on sait pour qui ils travaillent et qui sert de guide en Afghanistan.

Accent Grave

gaétan a dit…

Reste qu'en date d'aujourd'hui messieurs Duceppe et Layton ont mis très peu de pression pour le retrait des troupes....et c'est très dommage.

lutopium a dit…

Lorsque j'ai écrit ce billet, M. Dion semblait vouloir montrer les dents. Depuis la présentation du budget des conservateurs, on sait maintenant qu'il porte un dentier.

Pendant ce temps, Harper décide lui-même du prolongement et de la nature de cette mission. Sans aucun appui des copains de l'OTAN (la France ayant décidé de demeurer dans les zones paisibles) l'armée canadienne assurera la présence "américaine" dans le sud du pays. Encore 2 ou 3 ans de guerre, des centaines de morts, des milliers de blessés et on arrivera à une négociation avec les afghans.

Pendant ce temps, Karzai et ses copains mettent en place un gouvernement satellite assurant une érpsence américaine dans ce coin de la planète.

Nous sommes maintenant complices. Jusqu'au cou. Fiers d'être canadiens, non?