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vendredi 21 mars 2008

La courroie des ambitions

Ce matin, comme à l’habitude, j’ai eu le privilège d’apercevoir l’authentique sourire de Nadine. C’est maintenant un rituel presque nécessaire, j’ai toujours hâte de commander mon café matinal au Van Houtte de la Place des Arts et de lui échanger quelques mots. Même si elle se lève très tôt pour prendre soin de sa petite fille de trois ans qu’elle doit également aller reconduire à la garderie, Nadine affiche toujours cette fraîcheur matinale et son inlassable joie de vivre.

En plus de ce travail qui l’occupe tous les matins de la semaine, Nadine fréquente le Cegep car elle a l’intention de devenir infirmière. Avec un salaire de $165 par semaine - incluant pourboires - et un prêt obtenu du ministère de l’éducation, elle réussit à peine à rejoindre les deux bouts. De temps à autre, elle reçoit un peu d’argent de son ex-conjoint et de ses parents, ce qui l’aide à boucler les fins de mois. Pour Nadine, l’augmentation du salaire minimum à $10 et le gel des frais de scolarité ne sont pas un luxe. C’est nécessaire et primordial.

Elle sait que je suis un passionné de politique et elle évite de s’engager sur le sujet. Ce matin fut quelque peu différent. Elle était tout simplement choquée d’apprendre que Mario Dumont recevait une prime de $50,000 depuis qu’il est devenu chef de l’opposition. Elle lui a fait confiance l’an dernier car elle a cru au changement. Comme beaucoup de ses concitoyens, elle était convaincue que Mario et son parti allaient représenter le monde ordinaire au sein du gouvernement.

Je lui rappelle qu’il n’est pas le seul à avoir été embarassé par cette nouvelle, que le premier ministre Charest recevait également un salaire de son parti. Elle me répond alors que c’est moins surprenant de la part d’un libéral après tout ce qu’on a entendu lors des audiences de la commission Gomery. Elle était cependant estomaquée d’apprendre que Mario, un gars des régions, grand défenseur des familles et des libertés individuelles, profite des ristournes du Directeur Général des Élections pour ajouter une telle somme à son salaire, totalisant ainsi une rénumération de plus de $200,000… Avant d’obtenir ses 41 sièges, 30% du vote et le statut d’opposition officielle, l’ADQ n’avait pas un sou. Maintenant que le parti reçoit une bonne allocation de l’État afin d’en assurer son fonctionnement, on décide d’en donner une bonne partie à son chef… Qu’est-ce qu’un parti peut bien faire avec plus d’un demi-million par année?

Nadine me confie qu’elle savait qu’elle gagnerait $7.25 de l’heure en acceptant son travail et que Mario, bachelier en économie, connaissait exactement la rénumération qu’il recevrait en tant que député. Elle ne comprend tout simplement pas pourquoi son salaire lui est insatisfaisant aujourd’hui. Que s’est-il passé dans la vie de Mario pour qu’il vise maintenant une rénumération aussi élevée? Son épouse a quitté son emploi? Ils ont pris une deuxième hypothèque sur la maison ancestrale? Nadine se console un peu en demeurant confiante que l’ADQ continuera le combat pour hausser le salaire minimum, suite au dépôt de la pétition qui fut déposée par le député Éric Charbonneau en décembre dernier. Je lui répond bien timidement que j’en doute.

Comme bien d’autres québécoises et québécois, Nadine ne fait plus confiance aux politiciens. Et elle ne votera sûrement pas pour Mario aux prochaines élections. Pour elle, le parti libéral et l’ADQ c’est du pareil au même. L’ambition personelle paraît plus importante que le bien commun. Elle me confie qu’elle a récemment lu son bouquin et qu’elle le rebaptiserait : « Avoir la courroie de ses ambitions ». À mon tour de lui laisser un sourire. J’ai déjà hâte de la revoir demain…

Cette histoire est basée sur des faits réels. Seuls quelques détails ont été ajoutés ou modifiés afin d’en faciliter la compréhension. Publié sur Un Homme En Colère le 13 mars 2008. Photo: Flickr – reidmix

vendredi 29 février 2008

Avoir les moyens de ses convictions

Je dois l’avouer, j’ai été agréablement surpris des réactions à la publication du rapport Castonguay. Je croyais que le gouvernement libéral, même minoritaire, serait sympatique aux recommandations et que le ministre Couillard se montrerait plus réceptif à un système de santé mixte. Toutefois, même si la plupart des propositions émises par l’équipe de travail ont reçu un accueil plutôt tiède, il faudra être vigilents. Les entrepreneurs n’ont pas habitude de baisser les bras, surtout lorsque les possibilités d’affaires sont alléchantes…

Le grand perdant dans tout ça? Mario Dumont et l’Action Démocratique du Québec. Croyant encore une fois hausser son niveau de popularité aux yeux de l’électorat, son porte-parole en matière de santé, Éric Caire, s’est empressé de monter sur la tribune pour vanter les mérites du rapport et nous annoncer que « les Québécois auront davantage de soins grâce à l’ajout de services privés ». Même s’il rejette l’idée d’une hausse de taxes, M. Caire exige tout de même la participation du secteur privé. Mais le système privé, il va le prendre où son fric? Non seulement gobera-t-il une partie de nos impôts, mais il demandera une franchise, imposera le plafonnement des remboursements, et refusera certaines réclamations… Et les compagnies d’assurances qui agiront en tant qu’intermédiaires pour le paiement des factures, elles vont faire ça bénévolement? Quels seront les impacts sur votre salaire si votre employeur décide d’adhérer à des couvertures supplémentaires? Payez-vous Sicko pour connaître le reste! Nous faire croire que l’arrivée du privé en santé nous fera économiser de l’argent et accéder aux soins plus rapidement… c’est nous prendre pour des cons.

« Un prince, et surtout un prince nouveau, qui veut se maintenir, doit bien comprendre qu'il ne peut observer en tout ce qui fait regarder les hommes comme vertueux; puisque souvent, pour maintenir son état dans l'ordre, il est dans la nécessité d'agir contre sa foi, contre les vertus de charité et même contre sa religion. Son esprit doit être disposé à se tourner selon que les vents et les variations de la fortune l'exigent de lui. » Machiavel - Le Prince

Lorsque Mme Jérôme-Forget a donné le mandat à Claude Castonguay de préparer un rapport sur la question, les deux autres partis politiques ont eu l’opportunité de nommer deux experts pour participer à cette étude et contribuer à proposer des recommandations. Mario Dumont a alors fait appel à Mme Joanne Marcotte, adjointe administrative et réalisatrice du documentaire pamphlétaire l’Illusion Tranquille. N’étant pas une politicienne professionnelle ou une économiste de grand renom, Madame Marcotte se montre sincère dans ses prises de position et dans la confiance qu’elle démontre envers les vertus de l’entreprise privée. Elle représente cependant ce qui est le plus surprenant avec le courant néoconservateur nord-américain : une travailleuse de la classe moyenne qui fait la promotion des idéaux de la classe économique dominante. Comme beaucoup d’adéquistes et de conservateurs, elle défend avec force et détermination les libertés fondamentales des petits conservateurs : celles qui confortent l’égoisme et l’individualisme parce que, par dessus tout, on doit pouvoir chosir et payer soi-même les services qu’on reçoit, on peut se lancer en affaires et devenir auto-suffisant. Les salariés deviennent les messagers de l’Institut Économique de Montréal et du Conseil du Patronat. Comme le faisait remarquer l’américain Thomas Frank lors des élections présidentielles américaines de 2004 :

« Au cours des années 1990, un « populisme de marché » a dominé, inspiré par les stratégies de communication de Wall Street. L’idée centrale était simple : le marché est l’essence de la démocratie, laquelle ne saurait se concevoir sans lui. Puisque nous participons tous au marché – en achetant des actions, en arbitrant entre deux marques de crèmes à raser, en allant voir un film plutôt qu’un autre, les marchés expriment le choix du peuple. Ils nous apportent ce que nous demandons, déboulonnent l’ancien régime, donnent le pouvoir au consommateur. Essayer de les réglementer ou vouloir contrecarrer leur effet ne peut alors constituer qu’arrogance et tentation tyrannique des élites éduquées qui veulent continuer à passer devant tout le monde… »

Les conseillers néophytes de l’ADQ et du Parti Conservateur s’inspirent de plus en plus des stratégies de la droite américaine afin de rallier les travailleurs aux idéaux économiques et de les détourner du traditionnel clivage entre les travailleurs et les patrons, pour finalement les amener à se dissocier de l’ensemble des citoyens qui prônent la solidarité. Je ne crois pas que la stratégie adoptée par ces deux formations politiques fonctionnera au Québec. Si on se fie aux traditions humanistes du peuple québécois, il est fort à parier que la position de Mario Dumont sur la privatisation des services de santé ne rejoindra pas celle de la majorité des citoyens. Ça, Jean Charest, Pauline Marois et Amir Khadir le savaient…

De toutes façons, Rockland MD s’est tiré une balle dans le pied…

Cet article a été publié sur Un Homme en Colère le 23 février 2008 et sur Cent Papiers le 24 février 2007

lundi 11 février 2008

Pauvre petit pitou

Selon Michel David du Devoir, le député de la circonscription de Chambly, M. Richard Merlini, est une des rares vedettes de l'ADQ. C'est lui qui avait lancé un "pauvre petit pitou" au ministre Béchard lors de l'imbroglio causé par la visite de Stephen Harper à Rivière-du-Loup en décembre dernier. Les partisants de ce parti n'ont pas fait montre de beaucoup de retenue avec cette "maladresse protocolaire"...

Je me demande si Louise Beaudoin et Jean Charest chantonnaient du "pauvre petit pitou" en plaçant les appels téléphoniques qui ont permis la visite - in extremis - de Mario Dumont à Matignon?

mardi 5 février 2008

Mario Dumont annonce sa retraite

Ce billet a été publié sur UHEC le 31 janvier dernier.

Ça y est, c’est maintenant officiel, Mario Dumont a décidé de prendre sa retraite. Après avoir vu des tonnes de publicités en cette période des REERs, il a décidé de quitter la vie politique.

C’est en demandant aux enseignants de « redevenir une figure d’autorité qui commande le respect des écoliers » que Mario Dumont a annoncé son départ comme député et chef de l’opposition officielle. Tout en jouant son rôle de politicien populiste, il vient de réaffirmer son désir de baisser dans les sondages et de perdre les prochaines élections.

La baisse de popularité que connaîtra Mario au cours des prochaines semaines est la répétition de ce qui s’est passé lors de la campagne électorale de 2003. Après avoir connu des heures de gloire, son parti redeviendra une erreur de parcours, un courant politique éphémère. Comme il le mentionnait lui-même dans son livre Avoir le courage de ses convictions, « l’expérience est la somme de nos erreurs… Manifestement, nous en avons fait plusieurs en seulement quelques mois…. ».

Que Mario comprenne bien : en exigeant le retour des coups de règle dans les classes, il s’attaque directement à la qualité de l’enseignement, non seulement par les professeurs mais par les parents également. Il vient de leur dire clairement qu’ils ne savent tout simplement pas comment « élever » leurs enfants. Pourtant, c’est lui qui mentionnait, toujours dans le même bouquin, que « l’école doit être un milieu riche, dynamique et créatif, où les jeunes se découvrent et apprennent à vivre en société… ».

Le modèle qu’il propose - celui inspiré par les conservateurs traditionnalistes de la vallée de l’Okanagan, par les républicains du midwest américain ou par les fondamentalistes religieux de tout accabit – sera mal reçu par la grande majorité des québécois. Il faut comprendre que faire la promotion du modèle patriarcal n’est pas aussi bien reçu de nos jours qui l’était sous le règne de Duplessis.

Mario aura tout de même connu une carrière politique intéressante. Il aura au moins prouvé que l’approche conservatrice, de droite et proche des vieilles traditions catholiques, ça ne « pogne » plus au Québec.

Au revoir Mario. Je suis certain que l’IEDM t’accueillera à bras ouverts.

À lire également: L’ADQ se dégonfle

dimanche 3 février 2008

Médias et démocratie

Et voilà donc Mario Dumont se portant à la rescousse de TQS. Après avoir pris la défense de Jeff Fillion, l’ADQ se fait maintenant le porte-parole du mouton plus- noir-que-jamais et exige « que le CRTC donne à ces réseaux les moyens de leurs ambitions… ». Pour un homme politique qui prône les bienfaits de la réduction de la taille de l’état, M. Dumont se sent bien généreux! Dans l’édition du 26 janvier du Devoir, Gil Courtemanche lui donne toute une gifle…

Pendant que la droite québécoise suggère l’intervention de l’état (….), les journalistes québécois se rencontrent le weekend prochain pour discuter des enjeux entourant les médias et la démocratie. Organisé par la Fédération Nationale des Communications (CSN) et présidé par la sénatrice Joan Fraser (ex-journaliste et éditiorialiste au quotidien The Gazette), le colloque demande à ses participants si « Informer est encore d’intérêt public? » Sur le site Internet, on peut y lire des dizaines d’articles, rédigés par des journalistes, politiciens et écrivains, qui tentent de lancer des pistes de réflexion sur les grands enjeux entourant le monde des médias d’information.

La programmation de l’événement permettra de débattre également sur l’importance que joue Internet, les nombreux sites d’information et les millions de blogues qu’on peut y trouver. Sur ce sujet particulier, voici quelques passages qui ont attiré mon attention sur le site du colloque et qui apportent des éléments intéressants au débat :


Pascal Lapointe, journaliste :
Effectivement, rien qu’avec les blogues, on assiste depuis 2003 à un phénomène extraordinaire: des dizaines de millions de citoyens prennent la parole, et certains de ces «amateurs» le font avec un talent qui ferait rougir d’envie certains professionnels.

Sur Internet, les plus militants des internautes rêvent justement d’un univers où on n’aurait plus du tout besoin des journalistes: c’est le mythe du «journaliste citoyen».

Le travail journalistique vaut de moins en moins cher? On l’a dit, les tarifs à la pige n’ont pas augmenté depuis 40 ans. Or, les tarifs sur Internet se situent dans la même fourchette. Et que dire des «journalistes citoyens» fiers de travailler bénévolement...


Daniel Marsolais, journaliste :
Certains, et je n’en suis pas, vont même jusqu’à se demander si cette «presse alternative», décrite aussi comme le contre-pouvoir du quatrième pouvoir, ne serait pas en train de devenir la solution de remplacement à la presse traditionnelle… Mais ça c’est une autre histoire et un excellent sujet de réflexion pour un autre colloque...

Quoi qu’il en soit, ce qui est tout à fait extraordinaire avec ce nouvel outil de communication, c’est son immense souplesse, sa très grande facilité de publication, sa non moins grande liberté éditoriale et sa formidable capacité d’interaction avec les lecteurs.

Et pour ceux qui, à juste titre, ont toujours été préoccupés par le pluralisme des sources d’information, ne trouvent-ils pas ici un outil non traditionnel qui contribue à faire avancer un tant soit peu la démocratie?

En dépit de tout, la plus grande force du web c’est peut-être de bousculer un peu l’ordre établi, et surtout de forcer l’industrie des mass-médias et ses artisans à se redéfinir. À cet égard, la question qui devrait être sur toutes les lèvres des journalistes de l’écrit par les temps qui courent est la suivante: combien de temps encore nos journaux, tels que nous les connaissons dans leur forme actuelle, tiendront-ils encore le haut du pavé?


Michel Nadeau, journaliste au Devoir (1974-1984) :
Rappelons que la démocratie n’est pas l’exercice du droit de vote mais l’accès au débat avant le vote. Les citoyens bâtissent eux-mêmes leurs médias et des réseaux à la hauteur de leurs intérêts; mais le web ne fournira jamais le jugement nécessaire pour évaluer et classifier cette mer d’information. Des experts seront nécessaires pour faire des liens entre des faits, pour apporter une solide crédibilité derrière certains propos.


Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec :
Comme ceux qui respectent l’économie de marché ont le devoir de la surveiller et de la moduler pour sa propre sauvegarde, les garants de la liberté de presse doivent en prévenir les dérives potentielles à travers l’action collective, qu’elle soit étatique, citoyenne ou corporative.

mercredi 30 janvier 2008

Le paradoxe de la politique

Au Canada, les deux partis politiques qui prônent la réduction de l'état, la transparence des politiciens et qui dénoncent le favoristisme, ne sont pas à l'abri des opportunistes et des carrièristes.

Comme je le soulignais dans mon billet du 10 décembre 2007, un ancien candidat de la défunte Alliance Canadienne et ex-responsable des finances de l'ADQ semble avoir gravit les échelons rapidement. Voilà qu'hier soir, Radio-Canada nous apprenait que M. Léo Housakos se retrouve sous les feux de la rampe dans une possible histoire de lobby et d'influence politique.

Messieurs Harper et Dumont: faites attention, les gens que vous dénoncez depuis des années semblent rôder tout tout près de vous!

Lire également: Harper aide intervened for Montreal developer

mercredi 23 janvier 2008

1500 décès par année à Montréal ou pourquoi annuler le projet de l’autoroute 25

Des chiffres troublants. La direction de la santé publique de Montréal révèle aujourd’hui « que les gaz à effet de serre produits par le transport routier ont un impact majeur sur la santé de la population urbaine. Outre les 1500 décès qu'on lui attribue annuellement, la pollution automobile serait aussi responsable de plus de 6000 cas de bronchites infantiles par an, rapporte l'organisme. »

Le parti libéral du Québec, appuyé par l’Action Démocratique de Mario Dumont, ont fortement appuyé et accéléré le projet de prolongement de l’autoroute 25. Combien de décès additionnels devrons nous prévoir suite à cette décision d’accomoder 67,000 véhicules de plus par jour?

Le PQ a reculé sur ce projet. Le Parti Vert et Québec solidaire y sont également opposés. Cette idée a soulevé une forte contestation. La majorité de la population est d’accord pour prioriser le transport en commun au lieu de plaire aux amis du PLQ qui veulent une part du gâteau des investissements en infrastructures ou des sympatisants de l’ADQ qui veulent conserver la liberté de prendre leur char pour aller travailler sur l’île.

Et si on me dit encore que, prendre une position comme celle-là c’est mettre un frein à l’économie, je répondrai qu’il serait mieux d’investir 130 millions dans les services de trains de banlieue actuels que d’en couler 350 millions dans un béton pas toujours reluisant.

Soyons sérieux si on veut vraiment arrêter ce cirque. Messieurs Charest et Dumont : svp revenez sur votre décision!

jeudi 10 janvier 2008

Lucide et productif vous dites?

« … Encore faut-il que nous évitions de blâmer les autres pour nos propres problèmes et prenions nos responsabilités en faisant, individuellement et collectivement, les choix qui s’imposent. Et que nous ne ménagions aucun effort pour faire du Québec un lieu inégalé de liberté intellectuelle et économique afin d’ouvrir les vannes de l’énergie, de l’originalité et de la créativité.

Quels devraient être les objectifs des Québécois pour les prochaines décennies? Les mêmes que depuis toujours. Le Québec doit continuer à se développer, économiquement et socialement, afin d’assurer le mieux-être de ses citoyens.

À l’heure actuelle, le discours social québécois est dominé par des groupes de pression de toutes sortes, dont les grands syndicats, pour qui l’action ne se limite-t-elle pas trop souvent à une protection à courte vue des intérêts de ses membres?

Il faudrait aussi se défaire de la méfiance malsaine qui s’est développée dans certains milieux à l’égard du secteur privé… on dénonce les gens d’affaires à qui mieux-mieux, jusqu’à soupçonner leurs motifs lorsqu’ils contribuent temps et argent à la philanthropie. Ce faisant, on se prive encore de ressources précieuses, en particulier pour le financement des infrastructures… »
Manifeste des lucides – octobre 2005

Depuis ce fameux manifeste, une multitude de partisans de la liberté économique ont travaillé sans relâche pour nous rappeler les grandes vertus et les bénéfices éternels de cette école de pensée. Les militants conservateurs et adéquistes, les professeurs et chercheurs des instituts de recherche sur l’économie et plusieurs blogueurs défendant leurs idées, ont travaillé sans relâche pour promouvoir l’idée que la révolution tranquille fut une erreur et qu’il faut maintenant démanteler et privatiser les services publics. Ils rédigent des rapports exhaustifs, ils sont invités sur toutes les chaînes de radio et de télévision, ils écrivent des articles et des éditoriaux dans les grands journaux et magazines.

Les trois principaux partis politiques québécois endossent la plupart de leurs doctrines. Il faut créer de la richesse. Il faut réduire les impôts. Il faut être productifs. Il faut privatiser les soins de santé et autres services publics. Il faut prendre en considération les intérêts économiques avant s’attaquer aux problèmes environnementaux… Il le faut!

Le mois dernier, le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) publiait son rapport annuel sur la compensation des dirigeants d’entreprises canadiennes. On y apprennait que le salaire moyen des 100 présidents (CEO) les mieux payés au Canada était de $8,528,304.00 en 2006. Alors que le salaire moyen des travailleurs est de $39,000.00, ces présidents n’auront qu’à travailler pendant quelques heures afin de récolter le salaire annuel canadien. En 1998, ils empochaient en moyenne $3,457,150.00 par année. Une augmentation de 146%. En contrepartie, les salaires des employés ont augmenté de 18%. Méfiance malsaine vous dites?

J’entend déjà mes amis de l’ADQ ou de l’aile droite du PQ me traiter de gogauchiste et de ne rien comprendre à la rénumération de nos dirigeants. Ils me diront qu’il faut récompenser le talent, qu’il faut retenir nos héros avant qu’ils ne s’exilent. Ils me vanteront le courage de ces leaders prêts à tous les risques pour assurer la rentabilité de l’entreprise, dévoués à la croissance et à la rationalisation des activités, préoccupés par le retour aux actionnaires. Je leur rappelle à tout coup que je travaille dans l’entreprise privée, que je respecte le travail acharné de certains dirigeants compétents et que je comprend les difficultés de diriger une entreprise dans un marché extrêmement compétitif… Mais tout de même!

Si vous êtes le président d’une entreprise de 1,000 employés, vous n’êtes toujours pas le seul à faire fonctionner l’entreprise… En plus de tous les autres gestionnaires qui vous entourent, il y a des centaines d’employés qui prennent leur boulot sérieusement et qui s’assurent que les produits ou services sont livrés aux clients selon leurs attentes. Et les ventes augmentent, les profits s’améliorent, les bénéfices prennent du mieux. Quand s’arrêtera ce culte du président, cet être ultime responsable de tous les résultats de l’entreprise?

Plusieurs dirigeants d’entreprises canadiennes reçoivent des sommes supplémentaires (bonus) reliées à la performance de l’entreprise. Il n’est pas rare de constater qu’un président reçoit un cadeau de quelques millions suite à des mises à pied massives. Et que dire des régimes de pension et des primes de départ? Par exemple, est-il acceptable que le président de Bell Canada se voit octroyer chèque de $30 millions suite aux décisions qu’il a imposées? La valeur de l’action ne s’est jamais améliorée sous son règne et il a décidé de vendre l’entreprise, retirant du marché boursier un des symboles de l’économie canadienne. Sans compter que les nouveaux propriétaires vont probablement liquider les actifs, vendre les filiales et procéder à d’autres licenciements…

Il est grand temps que les compagnies – du moins celles qui appartiennent à des actionnaires – se dotent de règles de saine gouvernance. La majorité des employés investissent le temps et l’énergie nécessaires pour bien faire leur travail et sont préoccupés par le succès de l’entreprise où ils travaillent. Le fait qu’ils reçoivent une augmentation salariale de 2% - ce qui couvre l’inflation – n’aide toutefois pas à les rapprocher de l’idéal économique. Et dire que certains veulent abolir le salaire minimum… Assurer le mieux être de ses citoyens, vous dites?

Lire également :
38 100$ par jour – éditorial de Brigitte Breton, Le Soleil du 5 janvier 2008
"Kleptocratie" en entreprise – journal Les Affaires, juillet 2007
Principes de bonne gouvernance pour la rémunération des dirigeants

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 8 janvier 2008

dimanche 6 janvier 2008

Gaz naturel : Mario Dumont a trahi ses membres

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 4 janvier 2008.

Lors du soulèvement contre le projet du Suroît, Mario Dumont et l’ADQ avaient appuyé la population en demandant au premier ministre Jean Charest d’abandonner la construction d’une centrale alimentée au gaz naturel. Le point de presse de Dumont à l’Assemblée Nationale du 19 janvier 2004 était sans équivoque : ce projet était contraire aux objectifs de Kyoto et représentait un mauvais investissement sur les plans énergétique et scientifique (1).

Dans son programme électoral, l’ADQ s’engage à promouvoir le développement des énergies « propres » comme l’hydroélectricité, l’énergie éolienne, la géothermie et l’énergie solaire. La formation politique promet également de s’engager dans la lutte aux changements climatiques et d’atteindre les cibles du protocole de Kyoto (2).

Mais voilà que les ambitions écologiques de Mario Dumont entrent en collision avec la mission fondamentale de son parti : le développement économique. Quelques jours avant Noël, le chef de l’opposition a donc décidé d’appuyer les libéraux en donnant son accord au projet de loi 204 qui donne le feu vert à la construction du port méthanier Rabaska. Trois semaines plus tôt, le chef de l’opposition avait participé à une rencontre entre le premier ministre Stephen Harper, la chambre de commerce de Rivière-du-Loup et les promoteurs du projet de Gros-Cacouna (3).

Non seulement ces appuis aux deux ports méthaniers semblent être en contradiction avec le programme de son parti et ses positions antérieures sur l’environnement, mais Mario Dumont ne semble pas être préoccupé par la sécurité de ses électeurs. En effet, le gouvernement du Canada s’est encore opposé à un projet similaire en refusant un droit de passage maritime essentiel à un futur port méthanier aux Etats-Unis. Le premier ministre Harper refuserait d’obtempérer à une demande officielle qui exige que le Canada permette à des navires de baigner en eaux canadiennes afin d’atteindre un port méthanier qui serait construit dans l’État du Maine. Selon le gouvernement canadien, « il serait beaucoup trop dangereux de permettre aux pétroliers d'emprunter ce passage, l'un des moins sûrs au Canada… ». Le député néo-brunswickois Greg Thompson a par ailleurs mentionné que « les risques qu'un déversement survienne étaient tout simplement trop élevés pour permettre aux pétroliers d'y passer. » (4)

Les bateaux devront donc naviguer dans le détroit de Head Harbour afin d’atteindre le port méthanier de Pleasant Point (5). Ce plan d’eau, considéré par le gouvernement canadien comme étant problèmatique à la navigation, ne semble effectivement pas beaucoup plus large que le fleuve St-Laurent en face de l’Ile d’Orléans… Est-ce que les gouvernements canadiens et québécois ont utilisé les mêmes normes pour calculer le niveau de danger pour la navigation maritime ici même au pays?

La demande en gaz naturel connaît une hausse importante aux Etats-Unis. Les américains se voient donc obligés de se tourner vers l’importation de gaz naturel liquide (LNG) mais l’opposition du public aux ports méthaniers et les nouvelles restrictions associés à la protection du territoire, rendent la vie difficile aux promoteurs. Comme c’est l’usage avec les paquebots, nos voisins du sud obligent les pétroliers à être escortés par des navires militaires afin d’accéder au port méthanier. Ces navires ont l’autorisation d’intercepter une embarcation qui se retrouve trop près du pétrolier et si elle représente une menace à la sécurité territoriale. La construction de ces installations à l’extérieur des zones densément peuplées ou (idéalement) en territoire canadien, représente actuellement la solution privilégiée par les autorités américaines. La construction d’un port méthanier est déjà lancée à St-Jean (N.-B.) et d’autres sites sont considérés en Nouvelle-Écosse et au New-Jersey (6).

Toutefois, le promoteur du port méthanier de Pleasant Point a demandé au gouvernement américain de fermer le gazoduc canado-américain si le Canada refuse l’accès des pétroliers vers leurs installations. En se basant sur les règles de la liberté d’entreprise et de la saine concurrence, la compagnie Quoddy Bay demande donc au président Bush de convaincre son homologue canadien de favoriser l’économie au détriment de la sécurité (7).

Seuls les partis d’opposition auraient pu faire entendre les voix des citoyens qui contestent le projet Rabaska. Si j’avais voté pour l’ADQ et Mario Dumont, je serais fort déçu de la tournure des évènements. Même dans l’optique où l’on est d’accord avec ce mode d’approvisionnement énergétique, on peut au moins questionner le choix du site.

Garde côtière américaine escortant un cargo de gaz naturel (LNG tanker) dans le port de Boston

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(1) Point de presse de Mario Dumont, Assemblée Nationale du Québec, le 19 janvier 2004.

(2) Programme de l’ADQ 2007 – Environnement : construire l’avenir en vert.

(3) Gaz naturel: Harper aurait refusé une demande de Bush.

(4) De grosses affaires à Rivière-du-Loup?

(5) Carte : http://www.epodunk.com/cgi-bin/genInfo.php?locIndex=2297

(6) Canaport LNG fournira 20% de la demande en gaz naturel dans les états de la Nouvelle-Angleterre

(7) Quoddy Bay Delivers Letter to Secretary of State.

mercredi 2 janvier 2008

Je suis adéquiste!

Je suis tombé par hasard sur cette caricature et d'André-Philippe Côté publié dans Le Soleil du 28 décembre... Je ne pouvais m'empêcher de l'afficher ici accompagné d'un petit texte vraiment rigolo... En attendant de pondre un texte un peu plus sérieux... j'y travaille!

"Mario Dumont est le maître de la formule-choc. Il a compris que le temps d'antenne d'un politicien durant un bulletin de nouvelles est de cinq secondes en moyenne. Il a donc développé une pensée politique qui peut s’écrire sur un Post it. Avec lui, pas de grands et longs discours tarabiscotés qui se salmigondisent en paraboles superfétatoires.

Mario est direct. Clair. Bref. Ses idées s'expriment toujours en trois secondes ou moins. J’avoue que ce sens de la formule m’épate parfois. Je serais même tenté de voter pour lui s’il était élu pour gouverner pendant... trois secondes." André-Philippe Côté

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vendredi 28 décembre 2007

Le temps des fêtes (4) – les idées de Mario

Nous sommes partis des considérations théoriques suivantes: ce qu’un homme pense est relativement peu important. Cela dépend en grande partie du hasard, du type de slogans qu’il entend, du parti auquel il appartient par tradition ou conditionnement social, des idéologies qui l’atteignent. De ce fait, il pense plus ou moins ce que pensent aussi les autres. C’est un signe de la tendance de l’homme à l’adaptation et de son manque d’indépendance. C’est ce que nous appelons l’opinion. On peut facilement changer d’opinion. Elle tient seulement tant que les circonstances restent les mêmes. Et, pour le dire tout de suite en passant, ce sont bien là les grands inconvénients de tous les sondages d’opinion qui, précisément, ne questionnent que les opinions; la nature même de ces tests vous empêche de poser la question : Que feriez-vous demain si les circonstances étaient tout à fait différentes? Or c’est cela qui compte en politique, et non pas en première ligne ce qu’un individu pense à ce moment même. Ce qui importe, c’est sa façon de vivre et d’agir. Elle dépend de son caractère. Et si on pose la question de cette façon, on aboutit à un autre concept, celui de conviction. La conviction est une opinion enracinée dans le caractère d’un homme et pas seulement dans sa tête. La conviction naît de ce qu’il est, tandis que l’opinion ne provient souvent que de ce qu’il entend… - Erich Fromm, 1974.

lundi 17 décembre 2007

Le sermon de Mario

Suite à la récente sortie de Mario Dumont sur le cours « Éthique et culture religieuse », plusieurs citoyens, journalistes et députés ont tenté de le ramener dans une avenue plus équilibrée mais, encore une fois, il a décidé d’aller au bout d’une idée en tentant de provoquer un débat de société sur une question qui semblait réglée, celle de la laicisation des écoles.


Après son envolée digne d’un républicain du Tennessee, Mario s’est fait rappelé par le député autochtone Alexandre Wawanoloath (PQ) que l’exemple sarcastique qu’il a utilisé pour défendre sa thèse fait partie de la mythologie des Abénakis, des Malécites et des Micmacs. Les conseillers de Mario se montrent encore maladroits, n’ayant pas été en mesure d’identifier la provenance et la signification du mot « Glouskap ». Et comme le mentionnait Michel David dans son éditorial de samedi dernier : « …les aventures de Glouskap, aux prises avec la vilaine sorcière Poujinkouesse, qui s’est transformée en maringouin pour mieux persécuter les hommes, intéressera les enfants beaucoup plus que les malheurs d’Adam et Éve chaséés du paradis. »


Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard s’est également indigné des propos de Dumont dans les pages du Soleil . La vice-première ministre Nathalie Normandeau a par la suite demandé à Mario Dumont de présenter des excuses publiques auprès des autochtones.


Comme toutes ces réactions n’ont pas su convaincre Mario de réajuster le tir, il nous rappelait encore aujourd’hui, par voie de communiqué , que « …notre patrimoine religieux fait partie intégrante de notre identité. » Mais de quel patrimoine religieux fait-on référence ici? À l’histoire du clergé québécois? À nos somptueuses églises de campagne qui donnent tant de charme et de personnalité à nos villages? Essait-on de ressuciter la popularité des sacrements tels que le baptême, la petite communion et la profession de foi? Est-ce une idée du lobby de l’industrie hôtellière qui voudrait profiter de mariages plus nombreux?


Désolé monsieur Dumont, mais je ne vois vraiment pas comment l’école d’aujourd’hui pourrait ramener la religion traditionnelle dans les foyers québécois. Les gens peuvent croire en un être suprême, aux valeurs humaines et à la vie éternelle, mais ils ne retourneront pas à l’église au pas de course même si les professeurs devenaient des évangélistes chevronnés.


Lorsque mes enfants entendront des histoires de Jésus de Nazareth, j’espère qu’ils verront en lui un citoyen indigé devant le pouvoir et les injustices et non comme le fils d’une vierge et d’un Dieu n’ayant de pardon que pour les siens. J’espère que l’on parlera de sa révolte contre les marchands du temple, eux qui me rappellent nos entrepreneurs avares de privatisation et de croissance économique sans limite.


Je crois que nous aurons de belles discussions avec nos enfants si ce cours atteint ses nobles objectifs. Une approche historique et culturelle du phénomène religieux qui allumera la curiosité de nos enfants. Certains d’entre eux seront appelés à approfondir ces connaissances philosophiques en se tournant vers la religion. À défaut de trouver une mosquée ou un temple bouddhiste à proximité, ils pourront aller à l’église et explorer ces enseignements et leurs théories. Si la voie s’avère juste, ils deviendront des hommes et des femmes heureux de leur découverte et ne désireront que le bien commun et la justice sociale, tout comme Jésus le souhaitait à son peuple. L’égoisme et le repli sur soi n’est pas enseigné par l’église catholique. Ni aucune autre, à ce que je sache.


Ce billet fait suite à « Mario sur la montage »


samedi 15 décembre 2007

Mario sur la montagne

« Si quelqu'un enseigne autre chose, et ne s'attache pas aux paroles solides, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à l'enseignement vraiment religieux, un tel homme est plein de lui-même, il ne sait rien, c'est un malade de la discussion et des querelles de mots. » Timothée, 6,3

J’imagine déjà mononcle Hervé reprendre la bonne parole de Mario Dumont lors du prochain souper de Noël… Lui qui, la veille, aura effectué sa visite annuelle à l’église afin d’y acheter son laisser-passer pour le paradis et la vie éternelle. Il nous rappellera l’importance de la messe de minuit parce qu’elle nous ramène à notre enfance, parce qu’on peut y entendre la chorale qui a travaillé fort toute l’année pour nous offrir des cantiques et qu’il n’était pas le seul à avoir une haleine d’alcool lors de l’eucharistie…

S’en suivra alors une discussion animée sur la disparition de nos traditions et sur les accommodements raisonnables. Tout d’un coup, la flamme culturelle s’allumera et le sapin planté au milieu du salon brillera de toutes ses ampoules. Après quelques verres de gros gin, il est fort à parier que mononcle Hervé se permettra quelques commentaires racistes et nous rappellera comment il était bon de vivre sous la gouverne de Maurice. Tout d’un coup, se dessinera une unanimité sur notre devoir de protéger notre passé et d’assurer l’avenir de nos jeunes. Ancien professeur au secondaire, mononcle Gaston, nous fera un sermon sur l’importance d’enseigner la bonne parole aux élèves car c’est la seule façon d’apprendre les bons comportements chrétiens et l’amour du prochain. Habituellement réservée, matante Mariette lui demandera s’il a appris à détester la plupart de ses collègues de travail grâce à ces sermonts ou s’il est simplement malheureux de son existence.

Comme c’est l’habitude, il y aura de francs échanges et un début de chicane lorsque matante Yvonette placera la buche au milieu de la table. Mononcle Hervé songera même à quitter les lieux car il peut difficilement discuter avec les autres, il est plutôt du genre à imposer ses idées, car ce sont les bonnes, évidemment.

J’espère que Marie-Pascale, la nièce qui a fait le tour du monde, essaiera de calmer le jeu… Elle qui a partagé sa vie avec un Égyptien un jour et avec un américain bouddhiste un autre, rappellera aux mononcles et aux matantes que les seules raisons qui nous réunissent en ce souper de Noël c’est l’obligation familiale et la nostalgie du bon vieux temps. Elle questionnera ce rassemblement annuel en nous demandant ce que signifie réellement cette fête. Elle mettra en lumière l’hypocrisie de certains et la jalousie des autres. Nous serons tous un peu nerveux à l’approche de l’échange de cadeaux.

Pour sortir la discussion de cette impasse, la fille de l’hôtesse, la jolie Carole, demandera à son fils Mathieu ce qu’il a appris dans son cours d’enseignement religieux au primaire. Il nous parlera, avec fierté, de la célébration de la naissance de Jésus, des rois mages de la crèche et tout le reste. La nostalgie réapparaîtra alors et une atmosphère de paix et de douceur s’installera au salon coincidant avec l’arrivée de mononcle René que tous ont reconnu malgré le costume du Père Noël. Le plus jeune du groupe, le neveu Gabriel, demandera alors à son père si ce personnage mal rembourré avec une barbe synthétique est le papa de Jésus.

Tous seront d’accord pour dire que les traditions se perdent et que Mario a finalement raison. Il faut conserver l’enseigement religieux dans les écoles. À quoi bon célébrer cette fête si on ne fait que manger, boire et admirer les résultats de notre soif de consommer. Il faut ramener Jésus dans le portait.

Mario a vu juste encore une fois. Amener le débat sur l’importance de la religion quelques jours avant les festivités de Noël. Ce débat devrait être en sa faveur car la majorité des québécois sont d’accord avec le cardinal Ouellet en permettant l’accès au cours de religion à l’école. Mario sait très bien que les parents seront réceptifs à son idée que l’école s’occupe correctement de leurs enfants car ils n’ont plus le temps et l’aide aux devoirs les effrait. Il sera reconnu comme notre grand protecteur car « il faut être prudent avec ce que l’on enseigne aux enfants en bas âge ».

Il aura même pris le soin de séduire mononcle Edmond et l’électorat montréalais en nous rappelant qu’il faut « réorienter le contenu du cours en fonction de la réalité québécoise où les religions catholiques et protestantes sont toujours prépondérantes… ». Tu es fort Mario.

À lire également :
Embarque dans le dogme, mon Mario!
Mario Dumont enfourche le cheval de l'enseignement religieux à l'école

mercredi 12 décembre 2007

De grosses affaires à Rivière-du-Loup?

Comme le soulevait de façon humoristique le chroniqueur Gilbert Lavoie samedi dernier, le passage de Stephen Harper à Rivière-du-Loup soulève non seulement un rapprochement entre le parti conservateur et l’ADQ, mais cette visite révèle peut-être quelques éléments entourant le futur port méthanier québécois.

Dans son communiqué de presse publié le 10 décembre, la "chambre de commarce" de Rivière-du-Loup mentionne que la rencontre privée tenue avec M. Harper visait principalement ce dossier dans lequel elle souhaite une intervention du premier ministre avec la Russie pour l’approvisionnement du projet portuaire d’Énergie Cacouna. Même monsieur le maire a indiqué que M. Harper peut surtout aider la région en intervenant dans les négociations de Pétro-Canada avec le fournisseur russe Gazprom.

Quelques jours auparavant, M. Harper avait invité Jean Charest à rencontrer le premier ministre russe, Viktor Zubkov, dans ses bureaux à Ottawa. Même si cette rencontre n’a pas reçue de couverture médiatique – à l’exception de l’excellent article de Jean-Pascal Lavoie dans un journal régional - on peut deviner que les discussions ont probablement porté sur l’approvisionnement en gaz naturel pour un futur port méthanier québécois. Un représentant du projet Rabaska a même été invité à participer à cette rencontre.

On dirait que quelque chose se tramme dans les couloirs du lobby politique et Mario Dumont est peut-être en train de passer du côté des grands joueurs. Il est reconnu que Jean Charest et le parti libéral du Québec ont toujours eu des affinités avec la famille Desmarais. On peut alors deviner que le premier ministre québécois a un petit faible pour le projet Rabaska, parraîné par une filiale de leur groupe financier. Le projet de Gros-Cacouna est de son côté financé par un consortium albertain formé de TransCanada et Pétro-Canada. Y’aurait-il ici une affinité « naturelle » entre le projet albertain, les conservateurs et, maintenant, l’ADQ?

Le projet d’Énergie Cacouna est très attirant pour les membres de la "chambre de commarce" de Rivière-du-Loup. Selon les informations rendues publiques par le projet, l’activité économique directe et indirecte générée durant la phase de construction est estimée à près de 135 millions $ pour la région. Malgré l’opposition des groupes environnementalistes - que je ne répéterai pas ici par crainte de recevoir le baîllon – les sommes d’argent qui sont en jeu peuvent amener les gens de la région à appuyer un projet qu’ils regretteront peut-être un jour. D’ailleurs, la consultation publique avait généré un appui positif au projet à 57%, ce qui laisse croire qu’il y a encore des avis partagés.

Sommes toutes, je ne serais pas surpris de voir les conservateurs prendre le siège de cette circonscription lors des prochaines élections fédérales. Ce qui nous démontre encore une fois que les gens voteront pour la droite pour les mauvaises raisons. On peut y voir également que Mario Dumont commence à établir des liens avec les grands acteurs économiques du pays. Comme certains experts confirment qu’il n’y aura qu’un seul port méthanier au Québec, ça sera intéressant de voir quel projet verra le jour. Est-ce une bataille entre l’establishment canadien et Québec Inc. qui se déroulera dans le Bas-du-Fleuve?
...

Voici ce que nous verons 120 fois par année sur notre beau fleuve

lundi 10 décembre 2007

Une nomination anodine mais bipartite

D’après quelques recherches rapides, seuls Radio-Canada et le Globe & Mail ont rapporté cette petite nouvelle anodine mais tout de même intéressante : le Ministre des Transports du gouvernement conservateur, M. Lawrence Cannon, a annoncé la nomination de M. Leo Housakos au conseil d'administration de VIA Rail Canada Inc.

Qui est donc ce monsieur Housakos? Quelles compétences professionnelles lui permettent de siéger comme administrateur à une société d’état comme Via Rail? Lors de sa mise en candidature aux élections fédérales de 2000, il s’était présenté comme « gestionnaires des ventes – sales manager ». Les deux autres personnes nommées au conseil sont des avocats de Vancouver et de Regina qui semblent occuper des postes importants…

Je dois donc assumer que M. Housakos a bien tiré son épingle du jeu au cours des dernières années en politique. Après avoir défendu les couleurs de la Canadian Alliance dans la circonscription de Laval-Ouest aux élections fédérales de 2000, il a été responsable des finances de l’ADQ.

Et le voilà maintenant administrateur de Via Rail Canada. Comme quoi le militantisme est payant. Une preuve irréfutable que de travailler pour ces deux partis peut être récompensé un jour. Quelqu’un sait combien ça paye cette fonction là?

samedi 8 décembre 2007

Rapprochement de la droite


Le rapprochement "naturel" des forces de droite nord-américaines commence à prendre forme. Après la réconciliation des gouvernements américains, mexicains et canadiens; voici que Stephen Harper investit des efforts pour se rapprocher d'un électorat sympatique aux idées de la droite politique et économique.

Réunis devant la chambre de "commarce" de Rivière-du-Loup, Harper et Dumont démontrent clairement qu'il y a maintenant une alliance des deux partis afin de promouvoir les idéaux conservateurs et convaincre les québécois d'appuyer, et probablement de financer, les deux partis qui représentent clairement les ambitions des gens d'affaires et des tenants de la privatisation des services publics.

En plus d'alimenter les machines électorales des deux partis - des élections fédérale et provinciale anticipées pour 2008 - voilà une bonne occasion d'interpeller les entrepreneurs de sortir leur carnet de chèques (ou leurs enveloppes brunes?) afin de mener des campagnes dignes d'affronter le Parti Libéral, le Bloc Québécois et le Parti Québécois. Même si Dumont refuse de l'admettre, il me semble clair que les militants de l'ADQ prêteront main forte aux Conservateurs et vice-versa.

Un tel rapprochement a déjà eu lieu entre le Parti Républicain de Bush et les conservateurs canadiens en 2005. Les idées et stratégies républicaines ont donc déja été reprises par les conservateurs. Que ce soit au niveau de la propagande militaire, du positionnement relié à la lutte aux changements climatiques, à l'unification des forces économiques nord-américaines ou à l'établissement d'un "Partenariat pour la sécurité et la prospérité" , les gouvernements américain et canadien se ressemblent de plus en plus. Quelques mois après la réélection de G.W. Bush et quelques jours après la victoire de Stephen Harper, les forces conservatrices de l'ouest du Canada ont invité David Frum à prononcer un discours devant la National Citizens Coalition. Canadien d'origine, M. Frum fut l'un des conseillers économiques de Bush à la Maison Blanche. Il est maintenant un des conseillers de Rudolph Giuliani, aspirant au leadership du Parti Républicain.

Mario Dumont aspire sans doute de jouer dans la cour des "grands penseurs" néoconservateurs. Comme Bush et Harper, il est un expert de la démagogie et du populisme. Comme son rêve est de devenir Premier Ministre du Québec, on peut prévoir qu'il mettra tout en oeuvre pour se rapprocher de ce rêve aux prochaines élections. Et, comme un nombre grandissant de citoyens tombent sous le charme de ces "pseudo-défenseurs du bonheur individuel", il est fort à parier qu'il a de bonnes chances d'y accéder.

La stratégie de Stephen Harper vise sans doute à discréditer le Parti Libéral du Québec en facilitant le dialogue avec le chef de l'opposition à l'Assemblée Nationale". Ça devrait donner des débats forts intéressants au cours des prochaines semaines. Et ça permettra également aux forces progressistes québécoises de dénoncer la vrai mission de l'ADQ.

vendredi 7 décembre 2007

Ça m'amuse, que voulez-vous...

Pierre Foglia, la presse - le 6 décembre 2007

Il y a ce donc ce député adéquiste qui non seulement ne sait pas écrire, mais ne sait même pas le nom de son propre parti qu’il appelle l’Association démocratique au lieu de L’Action démocratique. C’était dans notre journal d’avant-hier : Robert Deschamps, député adéquiste de Saint-Maurice laisse une vingtaine de fautes dans un communiqué de presse et rebaptise son parti...

... Résumons-nous, qu’un député adéquiste fasse plein de fautes dans un communiqué de presse, que le même ne soit pas foutu de nommer correctement son parti et ne fasse probablement pas la différence entre sa main gauche et son cul n’a aucune espèce d’importance. De toute façon les gens n’ont pas voté pour lui ni pour l’ADQ, ils ont voté pour Mario Dumont.

Le seul petit reproche qu’on puisse faire au député n’est pas d’avoir manqué d’orthographe, mais, comme citoyen, d’avoir manqué de couilles quand il a dit que c’était la faute de sa secrétaire.

le sac de bonbons au complet: http://www.cyberpresse.ca/article/20071206/CPOPINIONS05/71205245/6737/CPACTUALITES