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mercredi 30 janvier 2008

Le paradoxe de la politique

Au Canada, les deux partis politiques qui prônent la réduction de l'état, la transparence des politiciens et qui dénoncent le favoristisme, ne sont pas à l'abri des opportunistes et des carrièristes.

Comme je le soulignais dans mon billet du 10 décembre 2007, un ancien candidat de la défunte Alliance Canadienne et ex-responsable des finances de l'ADQ semble avoir gravit les échelons rapidement. Voilà qu'hier soir, Radio-Canada nous apprenait que M. Léo Housakos se retrouve sous les feux de la rampe dans une possible histoire de lobby et d'influence politique.

Messieurs Harper et Dumont: faites attention, les gens que vous dénoncez depuis des années semblent rôder tout tout près de vous!

Lire également: Harper aide intervened for Montreal developer

mardi 29 janvier 2008

Le redresseur de situations

Je suis honorable. Je le suis depuis 1992, lorsque Sa Majesté m’a en octroyé les droits et les avantages. Je ne comprend par pourquoi les gens ont été surpris l’automne dernier, lorsque le Premier Ministre m’a invité en m’interpellant comme le Compagnon de l’Ordre…

Pourtant, tous doivent se rappeler que mes Maîtres m’ont octroyé mon honorabilité suite à plusieurs années investies dans leur intérêt, autant comme greffier du Conseil Privé ou grand patron des fonctionnaires de l’État. Ma loyauté et ma détermination ont été récompensées par un autre honorable – très honorable apparemment - qui a su souligner « l’œuvre de toute une vie et le mérite exceptionnel pour avoir apporté une contribution extraordinaire au royaume et au bien de l’humanité. » Il ne faut jamais oublier que sous le règne de mes Maîtres, le royaume a courageusement participé à la guerre du golfe et à l’accord dit de Charlottetown… Avez-vous déjà oublié?

Lorsque Sa Majesté nous a permis de commercer librement avec le royaume du sud, mes Maîtres m’ont demandé de créer de la richesse en vendant un morceau du patrimoine. Tous les nobles du royaume étaient emballés par l’idée et ils m’ont promis leur plus grand support. La privatisation du chemin de fer fut un énorme succès, applaudie sur toutes les tribunes. Certes, il s’y perdit des milliers d’emplois, mais c’est le prix à payer pour permettre la croissance du royaume. Tous étaient d’accord après tout, sauf les gauchistes et les syndicaleux… Même le Prince d’un des territoires de l’empire, vous savez, ce grand espace où l’on parle une autre langue, a vanté le traité que nous voulions signer avec nos voisins du sud afin de faciliter le commerce. Les démocrates de l’époque, y compris ceux de nos voisins, ont tous endossés ce nouveau pacte de liberté économique, porteur de croissance et de richesse…

Suite à ce grandiose spectacle financier, on m’a interpellé afin de contribuer à la croissance d’une industrie qui devait accroître ses revenus et prioriser ses initiatives. Après avoir brisé l’entreprise en deux nouvelles entités, fermé sept usines et effacé plus de six mille emplois, deux grands symboles patriotiques firent leur apparition. J’ai contribué à redorer l’image d’un manufacturier de motoneiges et d’un autre, expert dans la fabrication de trains et d’avions. Une image de marque pour des jouets motorisés et une renommée internationale pour l’industrie du transport. Mes Maîtres et mes nobles amis furent encore une fois étonnés par mes capacités. J’ai du quitter - suite à quelques divergences d’opinion, mais ils ont promis de me donner quand même mille dollars par jour et ce, jusqu’à ma mort, en remerciements et en témoignage de leur générosité…

Mon expertise et mon « savoir faire » m’ont permis de sièger sur d’autres conseils, publics cette fois, mais assez privés pour me permettre de songer secrètement à vendre d’autres trésors patrimoniaux. Nous pouvions maintenant songer sérieusement à permettre aux plus puissants Princes de la planète de prendre possession de la « belle » compagnie de téléphone et du plus grand joyau de notre territoire : les alumineries.

Ai-je besoin de rappeler que j’ai continuellement contribué au progrès de nos terres et au-delà? J’ai fièrement siégé au Conseil de l’unité du royaume et présidé un Comité de coopération avec nos cousins continentaux…

Et comme j’ai prouvé à maintes reprises que je n’avais d’autre ambition que de contribuer à l’enrichissement de mes nobles confrères, qu’ils soient de notre royaume ou d’un autre, on me demanda alors de donner mon opinion sur le rôle que devait jouer l’armée de Sa Majesté dans cette grande guerre, celle contre les terroristes et les damnés. Dois-je répéter que je suis honorable et que je ne recherche que le bonheur de mes Maîtres et de mes nobles amis? Je leur ai donc recommandé de bien terminer le travail qu’ils avaient commencé.

Une guerre et une reconstruction. Des milliards de dollars disponibles aux nobles du royaume et de la planète entière. Noble cause et opportunités, le mariage parfait.

Je suis un expert. N’en doutez point. Je m’appelle Paul Tellier. I am Canadian, et je suis honorable.

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 25 janvier 2008

jeudi 10 janvier 2008

Lucide et productif vous dites?

« … Encore faut-il que nous évitions de blâmer les autres pour nos propres problèmes et prenions nos responsabilités en faisant, individuellement et collectivement, les choix qui s’imposent. Et que nous ne ménagions aucun effort pour faire du Québec un lieu inégalé de liberté intellectuelle et économique afin d’ouvrir les vannes de l’énergie, de l’originalité et de la créativité.

Quels devraient être les objectifs des Québécois pour les prochaines décennies? Les mêmes que depuis toujours. Le Québec doit continuer à se développer, économiquement et socialement, afin d’assurer le mieux-être de ses citoyens.

À l’heure actuelle, le discours social québécois est dominé par des groupes de pression de toutes sortes, dont les grands syndicats, pour qui l’action ne se limite-t-elle pas trop souvent à une protection à courte vue des intérêts de ses membres?

Il faudrait aussi se défaire de la méfiance malsaine qui s’est développée dans certains milieux à l’égard du secteur privé… on dénonce les gens d’affaires à qui mieux-mieux, jusqu’à soupçonner leurs motifs lorsqu’ils contribuent temps et argent à la philanthropie. Ce faisant, on se prive encore de ressources précieuses, en particulier pour le financement des infrastructures… »
Manifeste des lucides – octobre 2005

Depuis ce fameux manifeste, une multitude de partisans de la liberté économique ont travaillé sans relâche pour nous rappeler les grandes vertus et les bénéfices éternels de cette école de pensée. Les militants conservateurs et adéquistes, les professeurs et chercheurs des instituts de recherche sur l’économie et plusieurs blogueurs défendant leurs idées, ont travaillé sans relâche pour promouvoir l’idée que la révolution tranquille fut une erreur et qu’il faut maintenant démanteler et privatiser les services publics. Ils rédigent des rapports exhaustifs, ils sont invités sur toutes les chaînes de radio et de télévision, ils écrivent des articles et des éditoriaux dans les grands journaux et magazines.

Les trois principaux partis politiques québécois endossent la plupart de leurs doctrines. Il faut créer de la richesse. Il faut réduire les impôts. Il faut être productifs. Il faut privatiser les soins de santé et autres services publics. Il faut prendre en considération les intérêts économiques avant s’attaquer aux problèmes environnementaux… Il le faut!

Le mois dernier, le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) publiait son rapport annuel sur la compensation des dirigeants d’entreprises canadiennes. On y apprennait que le salaire moyen des 100 présidents (CEO) les mieux payés au Canada était de $8,528,304.00 en 2006. Alors que le salaire moyen des travailleurs est de $39,000.00, ces présidents n’auront qu’à travailler pendant quelques heures afin de récolter le salaire annuel canadien. En 1998, ils empochaient en moyenne $3,457,150.00 par année. Une augmentation de 146%. En contrepartie, les salaires des employés ont augmenté de 18%. Méfiance malsaine vous dites?

J’entend déjà mes amis de l’ADQ ou de l’aile droite du PQ me traiter de gogauchiste et de ne rien comprendre à la rénumération de nos dirigeants. Ils me diront qu’il faut récompenser le talent, qu’il faut retenir nos héros avant qu’ils ne s’exilent. Ils me vanteront le courage de ces leaders prêts à tous les risques pour assurer la rentabilité de l’entreprise, dévoués à la croissance et à la rationalisation des activités, préoccupés par le retour aux actionnaires. Je leur rappelle à tout coup que je travaille dans l’entreprise privée, que je respecte le travail acharné de certains dirigeants compétents et que je comprend les difficultés de diriger une entreprise dans un marché extrêmement compétitif… Mais tout de même!

Si vous êtes le président d’une entreprise de 1,000 employés, vous n’êtes toujours pas le seul à faire fonctionner l’entreprise… En plus de tous les autres gestionnaires qui vous entourent, il y a des centaines d’employés qui prennent leur boulot sérieusement et qui s’assurent que les produits ou services sont livrés aux clients selon leurs attentes. Et les ventes augmentent, les profits s’améliorent, les bénéfices prennent du mieux. Quand s’arrêtera ce culte du président, cet être ultime responsable de tous les résultats de l’entreprise?

Plusieurs dirigeants d’entreprises canadiennes reçoivent des sommes supplémentaires (bonus) reliées à la performance de l’entreprise. Il n’est pas rare de constater qu’un président reçoit un cadeau de quelques millions suite à des mises à pied massives. Et que dire des régimes de pension et des primes de départ? Par exemple, est-il acceptable que le président de Bell Canada se voit octroyer chèque de $30 millions suite aux décisions qu’il a imposées? La valeur de l’action ne s’est jamais améliorée sous son règne et il a décidé de vendre l’entreprise, retirant du marché boursier un des symboles de l’économie canadienne. Sans compter que les nouveaux propriétaires vont probablement liquider les actifs, vendre les filiales et procéder à d’autres licenciements…

Il est grand temps que les compagnies – du moins celles qui appartiennent à des actionnaires – se dotent de règles de saine gouvernance. La majorité des employés investissent le temps et l’énergie nécessaires pour bien faire leur travail et sont préoccupés par le succès de l’entreprise où ils travaillent. Le fait qu’ils reçoivent une augmentation salariale de 2% - ce qui couvre l’inflation – n’aide toutefois pas à les rapprocher de l’idéal économique. Et dire que certains veulent abolir le salaire minimum… Assurer le mieux être de ses citoyens, vous dites?

Lire également :
38 100$ par jour – éditorial de Brigitte Breton, Le Soleil du 5 janvier 2008
"Kleptocratie" en entreprise – journal Les Affaires, juillet 2007
Principes de bonne gouvernance pour la rémunération des dirigeants

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 8 janvier 2008

vendredi 4 janvier 2008

Malaise à Radio-Canada

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 1er janvier 2008

Comme plusieurs âmes solitaires qui n’avaient pas trouvé d’occasion pour sauter vers 2008, j’ai décidé hier soir de passer une petite soirée familiale devant le petit écran. Radio-Canada proposait quand même une programmation intéressante mettant en vedette ses meilleurs satiristes : Gérard D. Laflaque, Infoman et RBO.

J’ai également accepté la proposition des enfants de regarder la dernière émission de La Fureur diffusée en direct de Québec à vingt heures. Je ne suis pas un grand fervent de ce genre d’émission mais je me suis dit qu’une heure de karaoke familial contribuerait peut-être à installer une ambiance de fête dans notre modeste demeure.

Lorsque le chanteur Alain François a interprété son succès « C’est pour quand la coupe Stanley? », j’ai d’abord ressenti un petit malaise… Des figurants sont apparus sur la scène vêtus de chandails du Canadien. Je me suis dit que la foule présente au Palais de la Jeunesse ne la trouverait pas très drôle… Des amis de Québec m’ont souvent répété qu’ils en avaient marre de Radio-Canada et de sa polarisation sur le marché de Montréal… J’étais mal à l’aise devant ce qui me semblait être une erreur de scénarisation…

Je me suis trompé… Quelques secondes plus tard la foule est en extase devant l’apparition des danseurs arborant l’uniforme des défunts Nordiques. C’est l’euphorie dans la salle… Et on en remet encore : des participants arborent les couleurs des Remparts de Québec! Je suis heureux de constater que l’équipe de réalisation de l’émission ait porté une attention particulière au public de la capitale nationale. Pour une rare fois, Radio-Canada prenait soin de séduire les téléspectateurs de Québec.

J’ai toutefois compris l’arnaque de ce geste lorsque Véronique Cloutier a pris la parole à la fin du numéro. Elle a remercié de façon presque royale Josée Verner pour son implication dans ce projet qui a permis de monter la dernière émission de La Fureur à Québec. Je n’avais pas remarqué que Le Soleil l’avait déjà annoncé en novembre dernier : c’est madame Verner qui a eu l’idée et elle y contribuait personnellement depuis plusieurs mois. Son ministère du Patrimoine y a même injecté $300,000… Le Parti Conservateur vient de marquer des points dans la région de Québec en se servant de l’argent des contribuables… J’entend déjà les gens de Québec nous dire qu’avec les conservateurs, la vieille capitale occupera un peu plus de place. Quand on est écoeurés d’entendre parler des intellectuels du Plateau…

Une autre chose m’a également surpris pendant la deuxième partie de la soirée : est-ce que Radio-Canada a exigé d’appliquer les règles du débat des chefs aux émissions de Laflaque, Infoman et RBO? On s’est bien payé la tête de Charest, Dumont et Marois… mais aucun clin d’œil à Françoise David, Amir Khadir ou Scott MacKay. Pourtant, comme l’ont prouvé les Zappartistes, il n’est pas très difficile de lancer quelques blagues sur ces deux formations politiques!

Comme c’est la tradition, après le Bye Bye, les gens célèbrent l’arrivée du nouvel an et se remémorent déjà les bons moments de la soirée et des discussions intéressantes peuvent en découler. Peu de chance qu’on parle de Québec solidaire et du Parti Vert en sablant le champagne. Ils n’ont pas de sièges à l’Assemblée Nationale, que voulez-vous!

lundi 10 décembre 2007

Une nomination anodine mais bipartite

D’après quelques recherches rapides, seuls Radio-Canada et le Globe & Mail ont rapporté cette petite nouvelle anodine mais tout de même intéressante : le Ministre des Transports du gouvernement conservateur, M. Lawrence Cannon, a annoncé la nomination de M. Leo Housakos au conseil d'administration de VIA Rail Canada Inc.

Qui est donc ce monsieur Housakos? Quelles compétences professionnelles lui permettent de siéger comme administrateur à une société d’état comme Via Rail? Lors de sa mise en candidature aux élections fédérales de 2000, il s’était présenté comme « gestionnaires des ventes – sales manager ». Les deux autres personnes nommées au conseil sont des avocats de Vancouver et de Regina qui semblent occuper des postes importants…

Je dois donc assumer que M. Housakos a bien tiré son épingle du jeu au cours des dernières années en politique. Après avoir défendu les couleurs de la Canadian Alliance dans la circonscription de Laval-Ouest aux élections fédérales de 2000, il a été responsable des finances de l’ADQ.

Et le voilà maintenant administrateur de Via Rail Canada. Comme quoi le militantisme est payant. Une preuve irréfutable que de travailler pour ces deux partis peut être récompensé un jour. Quelqu’un sait combien ça paye cette fonction là?

samedi 8 décembre 2007

Rapprochement de la droite


Le rapprochement "naturel" des forces de droite nord-américaines commence à prendre forme. Après la réconciliation des gouvernements américains, mexicains et canadiens; voici que Stephen Harper investit des efforts pour se rapprocher d'un électorat sympatique aux idées de la droite politique et économique.

Réunis devant la chambre de "commarce" de Rivière-du-Loup, Harper et Dumont démontrent clairement qu'il y a maintenant une alliance des deux partis afin de promouvoir les idéaux conservateurs et convaincre les québécois d'appuyer, et probablement de financer, les deux partis qui représentent clairement les ambitions des gens d'affaires et des tenants de la privatisation des services publics.

En plus d'alimenter les machines électorales des deux partis - des élections fédérale et provinciale anticipées pour 2008 - voilà une bonne occasion d'interpeller les entrepreneurs de sortir leur carnet de chèques (ou leurs enveloppes brunes?) afin de mener des campagnes dignes d'affronter le Parti Libéral, le Bloc Québécois et le Parti Québécois. Même si Dumont refuse de l'admettre, il me semble clair que les militants de l'ADQ prêteront main forte aux Conservateurs et vice-versa.

Un tel rapprochement a déjà eu lieu entre le Parti Républicain de Bush et les conservateurs canadiens en 2005. Les idées et stratégies républicaines ont donc déja été reprises par les conservateurs. Que ce soit au niveau de la propagande militaire, du positionnement relié à la lutte aux changements climatiques, à l'unification des forces économiques nord-américaines ou à l'établissement d'un "Partenariat pour la sécurité et la prospérité" , les gouvernements américain et canadien se ressemblent de plus en plus. Quelques mois après la réélection de G.W. Bush et quelques jours après la victoire de Stephen Harper, les forces conservatrices de l'ouest du Canada ont invité David Frum à prononcer un discours devant la National Citizens Coalition. Canadien d'origine, M. Frum fut l'un des conseillers économiques de Bush à la Maison Blanche. Il est maintenant un des conseillers de Rudolph Giuliani, aspirant au leadership du Parti Républicain.

Mario Dumont aspire sans doute de jouer dans la cour des "grands penseurs" néoconservateurs. Comme Bush et Harper, il est un expert de la démagogie et du populisme. Comme son rêve est de devenir Premier Ministre du Québec, on peut prévoir qu'il mettra tout en oeuvre pour se rapprocher de ce rêve aux prochaines élections. Et, comme un nombre grandissant de citoyens tombent sous le charme de ces "pseudo-défenseurs du bonheur individuel", il est fort à parier qu'il a de bonnes chances d'y accéder.

La stratégie de Stephen Harper vise sans doute à discréditer le Parti Libéral du Québec en facilitant le dialogue avec le chef de l'opposition à l'Assemblée Nationale". Ça devrait donner des débats forts intéressants au cours des prochaines semaines. Et ça permettra également aux forces progressistes québécoises de dénoncer la vrai mission de l'ADQ.